Jeu d’écriture – le texte de Siska

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Paris, le 28 août 1925.

* Nana, ma chère amie,                                                   

Stupeur et tremblements ! Mes parents, ces misérables vieux bourgeois collets montés soupçonnent que j’ai un amant ! Ils exigent même de lire mon courrier ! Et si c’était vrai ? A trente  ans, ne suis-je donc pas libre d’agir à ma guise ?  C’est un comble, me voici en passe de devenir la honte de la famille ! Tu me diras que je vis chez eux, mais pourquoi
pas ? Notre hôtel particulier à Paris est vaste. Cependant nous sommes en 1924 que diable, je suis une femme moderne, il y a longtemps que j’ai coupé mes cheveux et que  je ne porte plus de corset.  Devrais-je vivre comme une religieuse, sous prétexte que je suis célibataire ? Ma vie ne regarde que moi, non ? Je sais pertinemment que mon père, ce triste lion décati, entretient une vieille maîtresse depuis des lustres.  Tout cela dans la plus parfaite hypocrisie bien sûr car dans notre milieu, seules comptent les apparences. Mais je joue à ce jeu mieux que lui.

Et tout ce charivari parce que je me suis laissé faire la cour par mon cousin Jules, cet échalas poil de carotte. Pendant quatre dimanches ce fut ronds-de jambe, gerbes de roses, petits fours, « Fleur qui meurt » de Guerlain, pouah comme si j’allais tomber inanimée dans ses bras ! C’est vrai que j’aime le luxe et puis cela me divertissait. Mais il a cru bon de me demander en mariage. J’ai refusé tout net. Pars vite et reviens tard, lui ai-je même crié de guerre lasse, ce qui a foudroyé ma mère. Elle a insidieusement  conclu que j’avais  peut-être une liaison, ce que j’ai réfuté avec indignation.

Je vais bien, ne t’en fais pas Nana. A toi je n’ai jamais presque rien caché, depuis le couvent nous avons fait bien des farces ensemble. Et je  veux qu’en cas de malheur, quelqu’un connaisse la vérité. Oh je sais que tu ne me jugeras pas, tu es toi-même une femme libre, une vagabonde. Et ma vengeance fut tellement délicieuse.

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Tu sais que chaque été, mes parents font un long séjour au Carlton à Biarritz où ils m’invitent pour une douzaine de jours. Leur humeur envers moi s’était radoucie mais ils ne désespéraient pas de me trouver un autre parti. Tu connais Luc Ducret, n’est-ce pas ? Luc n’est pas un étranger pour ma famille ; comme mon père il fréquente le cercle fermé des affaires. De plus, lui et  sa jeune femme, cette jolie chose ennuyeuse, ont  la dose de snobisme requise pour être reçus régulièrement dans la famille. Eh bien, depuis vingt-deux mois Luc est mon amant !!! Et au mois d’août, il séjournait également à Biarritz avec sa potiche.  C’est piquant n’est-ce pas ? La  nuit du 12 au 13 août, une nuit de canicule, je l’ai introduit dans ma suite française, au nez et à la barbe de tous.

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Luc est un libertin comme moi et je n’ai jamais prétendu que
je l’aimais. Ces petits jeux de cache-cache pimentent nos relations. De  plus, nous ne nous étions plus vus depuis plusieurs semaines et tu sais comme l’attente émoustille. Nous nous promettions plusieurs nuits fauves, que dans notre langage codé nous appelons des « vols de nuit ».

La nuit tint ses promesses. Nous adorâmes jouer aux noces barbares et dans nos joutes, Luc est  un adversaire de choix. 

Oh je ne voudrais pas être sans famille, c’est tellement excitant de lui jouer la comédie !

Chère Nana, hier lors d’une soirée au casino, j’ai parlé longuement  avec Germaine Dulac. Sais-tu qu’elle est la réalisatrice  de « la Belle Dame sans merci », ce film avec Tania Daleyme et Jean Toulout que nous avions adoré? Eh bien le petit scénario que je viens de te raconter l’a fort intéressée. Elle m’a demandé de lui envoyer le synopsis. Je crois que j’ai trouvé ma voie ! J’ai même un titre en tête : le quai des brumes.

Je te laisse ma belle. Ici il fait terriblement chaud, cet été est positivement meurtrier. Heureusement je prends des bains de mer tous les jours.
Donne-moi vite de tes nouvelles. En attendant, reçois toute mon affection.

Mathilde.

*En violet les titres de films/romans : bravo Siska ils y sont tous !

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