Jeu d’écriture – le texte de Michel

Angel en tournagte 001

Travelling en Sommeville
Sur Angel : roman d’Élisabeth Taylor –  Film de François Ozon avec Charlotte Rampling

C’est un peu par aventure et, au vrai, sans doute par une envie de nouveauté, que je me suis inscrit, en ce mois de février 2006, dans la liste des figurants d’un film de François Ozon. Ce n’était apparemment pas trop mal tapé pour un Oxymorien, car le scénario en question, qui aurait pu s’intituler  « L’amant » , s’épanchait sur le cas d’une jeune romancière avide d’une gloire un peu trop vite entrevue et qui fut entraînée par la suite dans le drame sentimental d’un amour déclassé. La distribution internationale comme le cadre, somme toute étranger dans cette production historico-anglo-franco-belge, étaient en soi assez séduisants.     

Bien que défigurée,  c’est bien, je crois, dans la rue Sommeville qu’un long chapiteau de toile est dressé. Le monde de la figuration se presse sous des cintres où une bonne centaine de costumes féminins et masculins sont suspendus en attendant preneurs. L’incontournable strip-tease s’improvise, où chacun se concentre et s’immerge dans l’assortiment adéquat. Depuis la zone féminine adjacente,  j’entends  ahaner des consœurs, époumonées et subissant l’épreuve des corsets. C’est laborieusement que j’enfile  mon pantalon victorien  (nous sommes en 1905 sous la reine Victoria) emmêlant mes bretelles et  me colletant avec des boutonnières de braguette empesées et rigides. Je n’ose vraiment pas, dans le cas, solliciter l’assistance de l’essaim d’habilleuses appelées, sauf en cas de malheur, à d’autres exercices. Je traîne  une paire de godasses qui me font souffrir autant que le misérable auquel je me substitue.

Arrêt sur image n° 1: les figurants  sont invités à la séance  de photographie destinée à la presse. Hélas, il me faut en priorité chasser l’araignée vagabonde et funambule qui s’est échappée de ma casquette.  J’assume, enfonçant mon chef, espérant bien sauver mon anonymat vis-à-vis d’éventuels  lecteurs  concitoyens.

Angel - Paradise 12-02-2006 Casting 001

Scène I : Action, (prononcez « akchen ») un cortège prolétarien se forme dans la rue Sommeville, méconnaissable, mise à la terre battue, démembrée de sa signalisation arasée à fleur de sol à la meuleuse. Il fait un froid tardif, bien éloigné de la canicule du moment de mon inscription. Un groupe de tous âges, hommes et femmes vêtus à la mode 1900, portant pancartes et calicots se met en marche. Halte ! À peine partie, la colonne stoppe net : un inconscient a gardé son bracelet-montre ! Pour Rachel la scénographe, le moindre anachronisme est l’adversaire pointé du doigt. Et l’on rétrograde. Trois fois. En dépit des orteils meurtris, la colonne revient à chaque coup sur son point de départ. On se croirait à la procession d’Echternach. Il suinte un agacement dans la migration polyglotte : ach, sorry, ouillle, mes aguesses !  

Scène II : Les figurants miment des rencontres de rue, cependant que « La gouvernante » dialogue d’abondance avec « la religieuse ». Quatre reprises pour le son. Il commence à neigeoter.

La pause : un broc de thé ou café, une substantielle collation. C’est le moment où les questions se posent, les impressions s’échangent. Avez-vous vu Charlotte Rampling ?  ̶   La sulfureuse  (mais peu pulpeuse) Charlotte hante les esprits  ̶   Et la jeune héroïne du film : Romola Garai ? Quelle est la langue officielle, y aura-t-il une suite française ? Êtes-vous du coin ? J’apprends que beaucoup de ces figurants sont inscrits sur des listes d’embauche spécialisées et sont coutumiers des castings. Certain(es) les cultivent avec passion. Ohoserais-je aussi soupçonner certains hommes d’être sensibles au coudoiement et aux charmes de quelques belles « Nanas » ?

Angel Le 12-02-2006 001_InPixio

Scène III : La rue dénudée. Côté trottoir gauche, deux rails sont posés sur lesquels un étrange véhicule, monté par le caméraman et sa caméra, roule dans un va-et-vient chronométré. Surprise, je suis désigné pour déambuler en solo. Dès le fatidique « Akchen ! », je dois dévaler le trottoir droit au pas de course. Il s’est mis à neiger pour de vrai. Je me demande si c’est bon ou pas pour l’éclairage. Une voiture, une Austin 1902 ou 1903 ou 1904, qu’il m’est interdit de  regarder,  embouche la rue en pétaradant. Dès que j’ai couru cent mètres, j’ai entendu « couper ». Ensuite, on a filmé en sens inverse : l’auto a remonté la rue, la caméra-draisine de même… et moi itou. Je me suis demandé si c’était la séquence descente où la séquence montée qui compterait et qu’on garderait.  Mais on a recommencé (ce qui m’a plongé dans un abîme de perplexité).
La scène IV se passe hors camera : la paie des figurants, dix euros pour une journée fertile  en imagination, en découverte et …en expérience.

On ne verra jamais la scène suivante qui doit se dérouler dans le hall du Centre culturel de Spa. La régie de scène a pris sur elle d’en renouveler tout le garnissage à ses frais, tapis et tentures inclus. On ne verra jamais non plus les scènes tournées à Verviers, à grand tapage…

 Bof, les inévitables déchets d’une grande opération… Rebuts collatéraux ? Fichtre !

* En orange les titres de romans/films : bravo Michel !

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