Il ne faut compter que sur Soi !

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Un texte de Siska Moffarts

 « A onze  ans, on devient  un homme Léo ! Allez du nerf, y a du bois à rentrer. Et  vire-moi cet harmonica, nom de dieu. Et toi petite morveuse va aider à la cuisine au lieu de pleurnicher comme une idiote. Qui  m’a fichu deux empotés pareils ??? Dans  la vie il ne faut compter que sur soi, et ce n’est pas  toutes ces  balivernes qui vous y  aideront ».

Compter sur  « Soi » ! Comment est-il et où est-il  ce « Soi » dont notre père nous rebat les oreilles? Marche-t-il à côté de nous comme un ange invisible ? «  Soi » est-il notre ami ?  Est-ce lui qui  a  indiqué la cachette dans le fenil où  nous pouvons  jouer, lire, rêver,  sourds au monde extérieur ? Mais la nuit  où on s’est échappés pour observer les lucioles, on n’a pas pu compter sur « Soi ». On s’est perdu du côté du marais, et  quand,  morts de trouille, on a enfin  retrouvé  le chemin de la maison, on  a vu bondir  vers nous le  halo jaune de la lampe de poche de notre  père furibard.

« Vous ne serez donc jamais normaux ? » a-t-il hurlé en nous calottant.

Normaux ???

Des décennies ont passé.
Toi, Léo, tu es devenu pianiste de jazz, tu  parcours le monde. Moi, je suis restée ici…

Mes voyages c’est la nature qui m’entoure et le vaste monde des livres Que de réponses et de consolations  en eux ! Cependant l’énigme est toujours là : comment compter sur « Soi », cet éternel bonimenteur  toujours devant  ou  à la traîne, rarement  à vos côtés, du moins en ce qui me concerne. Car « Soi », multiple et divers, sait si bien donner le change.  « Soi » est le bien et le mal, la rosée et le vent du désert. Il est la poésie, la musique, le silence, l’espoir, la déroute, la lâcheté et la générosité.

 

Aujourd’hui j’ai parcouru quinze kilomètres dans la quiétude de la réserve de la Holzwarche,  m’arrêtant au passage pour  caresser le  tronc de Dicker Baum, qui tient dans son giron séculaire la minuscule chapelle  dédiée à Notre Dame des Bois. Puis j’ai rejoint la vaste clairière fagnarde où s’enfonce  la Pierre Blanche, ce  bloc erratique de  l’âge glaciaire. Je pensais à nous deux, Léo, à notre enfance. Et je sais que, même loin, souvent tu joues pour moi.

Je venais de rentrer, sur les genoux mais heureuse,  quand le téléphone a sonné.  Mon fils…

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« Maman où étais-tu encore ? Je t’ai appelé je ne sais combien de fois !!! »

« Tu te rappelles cet endroit  au nord du lac  de Butgenbach… »

« Ton portable était encore coupé évidemment !  Tu n’as aucune notion de la réalité.  A ton âge et dans ton état, maman, ne sais-tu pas qu’on ne peut  plus compter sur soi-même ! »

« Ah bon ! Si cet idiot de  « Soi » me joue des tours, je compterai dorénavant sur « Moi », ce sera plus sûr », ai-je rétorqué avant de raccrocher.

Puis j’ai décapsulé une Rochefort 10 et mis sur ma platine un disque de ce bon vieux Sidney.

Siska Moffarts

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