Du pain sur la planche

 

Il s’agissait de composer un texte  en y insérant le plus grand nombre possible de quinze expressions idiomatiques.

 

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Les administrateurs de l’Intercommunale ne se sentaient pas dans leur assiette.  Le président avait beau paraître tout sucre et tout miel dans l’exposé de la situation, chacun d’eux savait qu’il avait fait son beurre dans des interventions parcimonieuses où la compétence était loin de justifier les émoluments faramineux qu’il avait perçus.

Mieux encore : fallait-il que certains aient poussé le bouchon assez loin au point d’encaisser parfois des jetons de présence sans avoir assisté physiquement aux débats ! Bien sûr, les petits malins avaient de bons arguments de côté (dame, en politique on ne s’embarque pas sans biscuits !) les profits dits litigieux secouraient des veuves, des victimes en mal d’indemnisation…Ces dépenses qu’on jugeait somptuaires découlaient d’une aura indispensable au prestige national…

Hélas, dans certains cas, le comitard néophyte, embobiné à la légère, n’y pigeait rien lui-même ; parachuté tout fraîchement dans le secteur,  roulé dans la farine, il avait vaguement vu les choses par le trou de la bouteille.

Adèle Buisson était dans le cas. Militante au départ par conviction, elle demeurait  pour elle-même sans réelle ambition. Douée en tout d’un appétit d’oiseau, cette provende aussi insolite qu’inespérée ne laissait pas de l’embarrasser et de troubler sa conscience.

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Elle se remémorait ce banquet avec certain ponte du parti où il lui était resté sur l’estomac d’avoir dîné avec le diable. Ce petit homme replet, plein comme un boudin et qui semblait boire du petit lait à chaque saillie de ses ouailles, ne lui avait inspiré que du dégoût. Quand il avait parlé de grever le moindre consommateur d’énergie de centimes additionnels au fait que la multiplicité des facturations impactait un coût accru, le rouge lui était monté au visage, l’envie lui était venue de le réduire en bouillie. Lors qu’il était patent que dix pour cent de la population  avait peine à nouer les deux bouts, que beaucoup devaient guetter sur le compteur leur quotité journalière de consommation énergétique, que pas mal de petits propriétaires étaient près de manger leurs briques, la mesure était indécente. Son tempérament sanguin lui était monté aux joues, elle se sentait avoir mangé du cheval ; de ses premiers sentiments de fidélité au parti, aux nobles arguments développés, se substituait l’aveu d’un subterfuge éhonté. Retournée littéralement comme une crêpe elle donna sa démission avec fracas et s’en revint derechef soigner ses oignons, ses tomates et ses céleris.

Elle aurait bien voulu, au fond, agir dans un esprit de citoyenneté responsable, mais au sein de tant d’affairisme, décidément, c’eut été pour elle et ses disponibilités trop de pain sur la planche.

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Michel Gelin

 

 

 

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Mes chers amis,  je voudrais vous raconter une petite histoire qui va vous éclairer. Je remonte un peu dans le passé, si vous le permettez.  Ce jour-là,  je n’étais pas dans mon assiette, et pour cause : la veille, j’avais dîné avec le diable.  Vous connaissez pourtant  mon appétit d’oiseau.

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Lui en revanche on aurait dit qu’il avait mangé du cheval.  Tout sucre et tout miel, il croyait qu’il allait pouvoir me rouler dans la farine et me retourner comme une crêpe.  Et pourquoi ne pas me réduire en bouillie  tant qu’on y est.  Douloureux souvenir…

Il me prenait pour une débutante, ce n’était pourtant pas la première fois que nous étions en campagne.  C’est vrai qu’on avait du pain sur a planche et qu’on n’était pas sûr de gagner. bread-2193537_960_720

Souviens-toi, camarade,  du bon vieux temps,  le temps où nous bouffions des briques, ensemble !  Je me rappelle notamment une soirée : on croyait que nos adversaires s’étaient embarqués sans biscuits.  Et nous, nous buvions du petit lait, et pas seulement du lait d’ailleurs : la soirée, nous l’avions terminée pleins comme des boudins.  Mais ce qui nous a perdus, cette fois-là, c’est notre façon de voir les choses par le trou de la bouteille, (la bouteille, parlons-en) je veux dire par le petit bout de la lorgnette : manque de vision, manque de lucidité, aveuglement, quoi !  N’ayons pas peur des mots.

Maintenant, cher ex-collègue, je m’adresse à toi ; où que tu sois, je sais que tu écoutes.  C’est vrai que, depuis lors, tu as fait ton beurre : une conférence par ci, une consultance pas là, sans parler des mandats et des conseils d’administration.  Bravo !

Mais tu as voulu revenir et malgré  toutes tes manigances, tes coups fourrés, c’est raté !  Tu as poussé le bouchon un peu loin cette fois.  Tu as oublié le passé.  Tu n’as pas su en tirer les leçons, moi je peux dire que je l’ai fait.  Et j’ai gagné ! Qui c’est qui boit du petit lait maintenant ?  Sans rancune, hein, camarade ?

Mady Pirotte

 

 

 

3 commentaires sur “Du pain sur la planche

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