Un prix de poésie pour Michel Gelin

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Michel Gelin, cofondateur du Cercle littéraire l’Oxymore de Spa, a remporté le Concours de Fables 2016 Prix Baron de Stassart, de la Maison de la Poésie à NamurBravo à lui !
Voici la fable primée :

Le mainate et le coucou

Dans ce pays fameux que l’Olympe décore,
Un mainate doué d’un timbre très sonore
Chantait, du faîte ombreux d’un haut jacaranda,
Des airs de Turando, Norma et Aïda.

Sublime était sa voix et jamais une oreille
N’aurait de tels accents soupçonné la merveille
Tant son charme divin, dans ce vert, sous ces cieux
S’exhalait dans l’espace en ce pays des dieux.

Tout de noir habillé et malgré la distance,
Le chantre avait grand’ air. Sa superbe prestance,
Liant aux arias la grâce et la splendeur,
Subjuguait l’assistance et grisait l’auditeur.

Le peuple, sidéré par la voix magnétique,
Oublia ses devoirs. L’instruction publique
À la chose artistique  accorda tous ses soins
On glosa nombre d’or, occultant les besoins.

Et l’agora fleurit d’anecdotes lyriques,
On ratiocinait de vétilles éthiques
Pendant que sur les champs, dans les bois, sur la mer,
Les profits s’épuisaient laissant un goût amer.

Les blés exténués courbèrent leurs javelles,
Les filets ravaudés brouillèrent leurs ficelles,
Si bien qu’au jour venu la détresse et la faim,
Sur la pointe des pieds, s’offrirent au festin.

Du coup, l’on entendit s’élever le murmure
Que le perfide oiseau fût de mauvais augure
Et que c’était mal fait d’émanciper des arts
Qui réduisaient les êtres au statut des lézards.

Mais de l’Hellas, hélas, aucun aborigène,
Reprenant la lanterne au défunt Diogène,
Ne parut découvrir le guide généreux
À sortir le pays de ce pas malheureux.

Ce fut un coucou gris, né dans la Forêt Noire,
Qui, d’un avis brutal, blâma le répertoire.
« Au plus vite, dit-il, cessez de rêvasser
Il faut dans le malheur,  travailler, terrasser

Chez nous, l’on n’entend pas dehors des vocalises,
Les airs y sont chantés, au mieux, dans les églises
Sans un peu de rigueur, l’essor stagne à zéro,
Tout progrès s’évalue au change de l’euro ».

Le mainate plaida : –  «  Mais l’aimable culture
Mérite sur ce point de serrer la ceinture…
On rêve, on vit heureux… jusqu’au fond des maquis,
Goûtant le malvoisie, dansant des sirtakis…

Depuis mille et mille ans, la mer azuréenne
Façonne nos atouts sans que misère advienne,
Des flottilles de pêche aux pétroliers géants,
Nos bateaux, de toujours, bravent les océans…

Que, sous des cieux moins doux, progresse une industrie
De coûts laborieux et de risques pétrie,
Je peine à l’envier. Plutôt, fêtons les arts
Et ne cédons jamais au culte des dollars ! »

« J’entends, dit le coucou ; il est démocratique
Que d’aucuns par leurs choix fassent leur république ;
La mienne a les euros, la vôtre la musique.
Mais les deux sont distincts, restons mathématique. »

On se convertit peu dans les opinions,
Chacun campe toujours sur ses positions.
Mais le sage à tous crins soutient que c’est un leurre
Que de vouloir le beurre… et puis l’argent du beurre !

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