Expressions corporelles

 

Amour de tête, amour bête

Je donnerais ma main à couper que la Jeannette pense avoir trouvé chaussure à son pied. De la voir se mettre la tête à l’envers devant cette face de carême, cette face de crabe, me ronge les sangs, me donne froid dans le dos, me coupe bras et jambes. Oui ! Les bras m’en tombent. Avec sa tête de pioche et sa jambe de coq, Modeste le mal prénommé se croit sorti de la cuisse de Jupiter. Vrai qu’il lui a mis la tête à l’envers. Bonne renommée, dit-on, vaut mieux que ceinture dorée. Il n’a pourtant ni l’une ni l’autre. Quand, tête perdue, elle la pose langoureusement sur sa poitrine à lui, croit-elle la reposer comme sur le sein d’Abraham ? Vrai aussi qu’elle m’était promise et que là elle me frappe au-dessous de la ceinture. Me venger ? Je ne pourrais car si j’ai mauvaise tête, même en ce cas j’ai encore bon cœur. Pas tant que ça dans le fond puisque je préfère que ce soit Modeste qui nourrisse dans son sein ce que je découvre être un serpent.

serpent

Dans son attente, je tremblais de tous mes membres. Je me serais donné à elle corps et âme. Maintenant qu’elle lui ouvre les bras, je regrette de ne pas avoir mis les mains à la pâte, moins vulgairement, de ne pas avoir été plus entreprenant. C’est que son don des larmes et son humeur changeante me glaçaient le sang, me brisaient le cœur. Quel pied nickelé j’étais !

                                                                        Jacques MONVILLE

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Tête en l’air, entre rêve et réalité

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Dans la lande brûlante de langues de feu, il courait ventre à terre. De gauche à droite s’ouvraient devant lui des bouches enflammées, cratères suffocants qu’il respirait, lui semblait-il, à pleins poumons. La peur au ventre lui donnait des ailes au dos. Que lui arrivait-il ? Il avait quitté le bourg, il y avait à peine deux heures. Sa mère, à son corps défendant, lui avait permis de passer le début de la nuit, la tête dans les étoiles. Il aimait le ciel sans nuage, la mer bleue encre avec ses ridules de grand-mère. Content, il avait mis la dernière main à un petit appareil d’observation et, dos tourné à la dune, contemplait le visage lunaire. Une bande de garçons et de filles passa, pieds dans l’eau, bras ballants. « Cuisse de grenouille », lança une voix. « Fais gaffe à ma frangine, face de crabe », dit une autre. Cris à tue-tête, rires aux larmes, embrassades à bouche que veux-tu… Puis, plus rien.

Et maintenant, dans une brume opaque, il se sentit pris à bras-le-corps. A vue de nez, il crut voir une large épaule, un casque scintillant. Une voix grondait : « Sacré gamin, ta mère n’a pas fermé l’œil de la nuit. Tu vas encore te faire tirer les oreilles. » Peine perdue, l’enfant était retombé dans les bras de Morphée. Le matin, en jetant un coup d’œil à la fenêtre de sa chambre, il comprit… La lande fumante, les pins réduits à peau de chagrin.

                                                                        Claudine BASTIN

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